Numériser et structurer, vers une représentation pluri-modales des chartes médiévales ?

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Cauche Jean-François (Consultant en usages innovants, Docteur en Histoire et Sciences de l’Information («Les sources relatives à la seigneurie de Béthune, du XIe siècle à l’entrée dans le Comté de Flandre : structuration et exploitation informatiques. » – LAMOP – Laboratoire d)
Lorsque, lors d’une thèse portant sur l’exploitation informatique des sources de la seigneurie de Béthune dans le Pas-de-Calais, nous avions élaboré un modèle d’édition numérique baptisé OpenCorpus et basé sur le méta-langage XML, nous avions imaginé de prime abord de manière un peu utopique couvrir les différents aspects d’une charte, à savoir l’aspect graphique, le support, les informations contenues dans l’acte et l’apport d’informations complémentaires au travers de l’analyse. Il a bien fallu se rendre à l’évidence : une numérisation totale de cette manière était difficile mais l’expérience avait permis d’ouvrir certains champs dans le domaine de la conceptualisation de l’information historique. Traduire numériquement un acte, c’est en effet sous un certain angle lui apposer des méta-données, le transformer en concepts qui faciliteront les recherches et les analyses. Il n’est ici pas question de linguistique mais de traitement de l’information telle qu’elle transparaît au regard d’une première lecture de l’acte et suite à un apport complémentaire. Le traitement initial reste certes fastidieux mais les applications sont nombreuses : statistiques, réalisation de schémas, de graphiques et de tableaux, application de modèles éditoriaux permettant de présenter les actes sous un angle particulier, recherche par synonymes ou conceptsclés, représentation ou organisation simplifiée des actes, etc, l’idéal étant d’offrir au lecteurchercheur un modèle d’édition numérique permettant une totale appropriation et re-modélisation. Ainsi, par exemple, un ensemble d’actes de caution et de garantie pourrait en quelques manipulations être transformé en tableaux organisés par débiteurs, créanciers et garants, agrémentés de graphiques montrant l’évolution chronologique des prêts. De même, la position et le rôle des différents individus dans l’acte permettrait d’élaborer de manière graphique les réseaux de relation. Si ces perspectives offrent une certaine avancée dans le traitement de l’information historique, il n’en reste pas moins que le travail d’analyse s’avère conséquent et soumis à validation avant d’obtenir un tel résultat. Un grand nombre de questions restent aussi en suspens. Comment en effet relier après traitement les éléments informatifs du texte à d’autres représentations numériques de l’acte, en particulier graphiques ? Comment insérer de la sémantique, coeur du problème de la numérisation aujourd’hui ? Il est loin le temps où l’on se contentait de la numérisation en mode « image » qui apparaissait comme la seule solution, disjointe de sa version texte. Les solutions, les possibilités de structuration, de traitement de l’information historique dans les actes ne manquent pas. Elles sont cependant encore trop indépendantes pour offrir un modèle de restitution numérique complet qui souffre par ailleurs des difficultés liés au support. Face à une reconnaissance de caractères balbutiante, image, texte et support restent souvent séparés par une barrière sémantique, n’offrant alors qu’une expérience relativement frustrante vis-à-vis de ce que le chercheur peut imaginer de manière utopique ou sensée. C’est tout le sens de notre propos tentant au travers d’exemples simples d’explorer de nouvelles pistes de numérisation et d’exploitation informatique des chartes mais en en posant les limites au travers de questionnements basés sur l’évolution de la recherche, mais aussi de l’environnement numérique général.

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